L'année 2011 vue par l'Institut Amadeus
La fin de l’année 2011 s’approche. Singulière à plus d’un titre, elle aura marqué les esprits par la multiplicité et la densité des évènements qui se seront succédé durant ces douze derniers mois.
Observateurs attentifs de l’actualité, les membres du Centre d’Analyses et de Publication de l’Institut Amadeus vous livrent ici l’image qu’ils garderont à l’esprit de cette année exceptionnelle.

Abdelfatah Ait Ammi, chargé d’études Energie et Environnement :
“La révolution tunisienne, l’exploit d’une génération »
Sans conteste la révolution tunisienne, suivie en directe minutes après minutes par l’intermède des chaines de télévision et des réseaux sociaux. Une séquence m’a particulièrement marqué, celle d’un homme la cinquantaine passée, en pleurs, qui devant une caméra explique qu’il n’a pas de mots pour qualifier sa reconnaissance à cette jeunesse qui a réussi là où sa génération a failli, à savoir faire tomber la dictature.
L’Histoire retiendra la révolution tunisienne comme un tournant dans la destinée de l’ensemble du monde arabe.
Fréderic Baranger, Coordinateur de recherche, Pôle Economie et Développement
« Sud-Soudan, l’autre visage de la liberté »
« Après 50 années de lutte, deux guerres et près de deux millions de morts, le peuple du Sud-Soudan a finalement accédé officiellement à l’indépendance le 9 juillet dernier. Ce 53e Etat est à l’image de l’Afrique : désespérément pauvre, tiraillé par des rivalités tribales, mais riche de sa jeunesse et de ses ressources. Comme un écho à ses voisins, il est venu rappeler que l’autoritarisme et la violence ne suffisent plus désormais à mettre au pas des peuples épris de liberté. »
Soraya Benchiba, Chargée d’Etudes Développement
« Famine dans la corne de l’Afrique »
Je garde en tête les images insupportables d’enfants décharnés mourant de faim dans la corne de l’Afrique. Malheureusement ce fait n’est pas nouveau, ni propre à l’année 2011. Je reste persuadé que ce drame humain, causé par la sécheresse, l’inflation des prix des denrées alimentaires et exacerbé par les conflits internes, aurait pu être évité si la communauté internationale avait réagi plus tôt et plus efficacement. Pourquoi attendre un décret de l’état de famine pour agir ou réagir lorsque que l’on fait face à une situation qui dure depuis plus de 20 ans ? Je reste indignée devant ce constat, il est inacceptable et scandaleux de mourir encore de faim de nos jours. »
Chaimaa Yassine, Chargée d’Etudes Gouvernance
« La tragédie du tsunami »
« Le fait majeur que je retiens est le violent séisme qui a frappé les côtes nippones au mois de Mars dernier. Aux images spectaculaires de vagues immenses, de villes détruites mais aussi de survivants miraculeux succédèrent d’autres encore tout aussi dramatiques suite à l’accident de Fukushima. Des dégâts matériels et humains d’une telle ampleur dans un pays comme le Japon, à la pointe de la technologie en matière de prévision de catastrophe sismique laissent tout aussi perplexes. Le débat sur le nucléaire, lui, court toujours… »
Amine Amara, Coordinateur de recherche, Pôle Gouvernance et Gestion des crises
« L’ère Poutine, phase 2 »
« Evidemment le printemps arabe a concentré toutes les attentions. Néanmoins je constate qu’une nouvelle ère Poutine se prépare sur fond de suspicion électorale, de nationalisme russe rampant et de la menace d’un blocage quasi-permanent des initiatives au sein des institutions internationales. Les russes qui ont voté contre Poutine ne l’ont pas fait que par désir de davantage de démocratie, car beaucoup d’entre eux se sont reportés sur le parti communiste, mais aussi sur une extrême droite de plus en plus présente. Les russes ont voté pour plus de nationalisme, plus de grandeur, et contre la « soft » Russie de Medvedev. Comme à chaque élection les Russes sont nostalgiques de l’Empire Soviétique, et Poutine est le seul qui leur semble apte à les y conduire »
Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication
« La chute de Ben Ali, fin d’une posture dans le monde arabe »
« Comme tout le monde, j’ai été complétement pris de court par l’accélération des évènements en Tunisie. Les troubles étaient certes importants mais en aucun cas je n’aurai imaginé que cela puisse aboutir à la chute du régime de manière aussi précipitée. Toutes nos grilles d’analyses s’en trouvèrent fortement perturbées. Et puis comment oublier l’image de ces milliers de manifestants avenue Bourguiba à Tunis qui crient « dégage », bravant l’Etat policier, pourtant marque de fabrique de la Tunisie de Ben Ali ? Des scènes complétement inimaginables quelques semaines auparavant… La suite, tout le monde la connait. »





