You are here : Home > Publications > Analysis

Bruits de bottes Ă  Islamabad

  • PDF
  • Print
Article Index
Bruits de bottes Ă  Islamabad
Page 2
All Pages
Contenu pas encore disponible

Retrouvez la lecture de Amine Amara sur la situation politique trouble d'un pays doté de l'arme nucléaire : le Pakistan

Le pays a été fondé en 1947 sous le régime démocratique, cependant, en temps de crise, les PAF « Pakistan Army Forces » qui est l’institution la plus puissante du Pakistan – n’a eu cesse de par le passé de renverser les gouvernements civils, au motif qu’ils avaient été inaptes et/ou corrompus. Ainsi aucun gouvernement civil depuis l’independance n’est allé au bout de son mandat laissant croire qu’au « pays des purs », le coup d’Etat représente un ordre politique permanent.

Flag_of_PakistanLe Pakistan est presque chancelant au bord d’un abĂ®me. Cette conclusion dĂ©coule dĂ©sormais de la gravitĂ© de la crise du Memogate qui menace non seulement le pouvoir exĂ©cutif mais tout l’équilibre des pouvoirs. Depuis octobre dernier, Islamabad vit au rythme d’une guerre silencieuse et multidimensionnelle entre les principaux pilliers de l’Etat : l’armĂ©e, le PrĂ©sident Asif Ali Zardari et son Premier ministre Yousuf Raza Gilani et la Cour suprĂŞme. Cette affaire fait peser une Ă©pĂ©e de Damoclès sur les deux tĂŞtes de l’exĂ©cutif pakistanais, accusĂ©es par le pouvoir militaire d’avoir fait passer au Pentagone, en mai dernier, une note confidentielle - un mĂ©mo - sollicitant son aide pour empĂŞcher un probable coup d’État militaire.  En contrepartie, il aurait promis aux Etats-Unis un accès quasi illimitĂ© au Pakistan et Ă  son arsenal nuclĂ©aire. Plus grave encore, l’avenir des relations entre le Pakistan et les Etats-Unis est plus qu’incertain. C’est l’évidence non seulement depuis le raid des Marines contre Ben Laden mais bien depuis l’affaire Raymond Davis (1) et de par les accusations  de Washington contre l’ISI (2), soupçonnĂ©e d’être derrière plusieurs attentats Ă  Kaboul. Toutefois, la mort de 24 soldats pakistanais, tombĂ©s sous les bombes de l’Otan le 26 novembre 2011 dans la zone tribale de Mohmand, a Ă©tĂ© selon plusieurs observateurs « la bavure de trop ».

Une chose est sĂ»re, l’armĂ©e pakistanaise cherche bel et bien Ă  se dĂ©barrasser de Zardari, mais pas forcĂ©ment pour prendre ouvertement le pouvoir, car devant-elle se dressent plusieurs options et scĂ©narios dont l’intronisation du Premier ministre Ă  la place de Zardari. Cela maintiendrait le semblant dĂ©mocratique et donnerait l’impression que le PPP (3), le parti du clan Bhutto dont Zardari est co-prĂ©sident avec son fils Bilawal, règle ses affaires lui-mĂŞme. L’option Imran Khan semble tout aussi plausible,  La montĂ©e de Khan, personnalitĂ© très apprĂ©ciĂ©e des militaires Ă  cause de ses positions conservatrices mais surtout Ă  cause de son antiamĂ©ricanisme qui va de concert avec les rĂ©centes positions de l’armĂ©e pakistanaise envers les Etats-Unis.

Dorénavant, certains dans les cercles militaires pakistanais de haut niveau ainsi que parmi les politiciens alliés au ferment anti-Américain autour d’Imran Khan, craignent que le Président Zardari puisse remettre les codes des installations nucléaires pakistanaises aux Américains qui en possèdent une large idée là-dessus (Des agents secrets du JSOC (4) cherchent déjà à localiser l’ensemble des installations et les militaires pakistanais tentent de les détourner avec des leurres et des fausses pistes). La Chine a été mise au courant de cette situation lors du dernier voyage du Général Kayani à Pékin, et à la demande de ce dernier, garde leurs installations nucléaires sous bonne garde opérationnelle et satellitaire.

La rĂ©ponse du gouvernement pakistanais au jeu des militaires ne s’est pas faite attendre : le limogeage du secrĂ©taire d’Etat Ă  la DĂ©fense, (traditionnellement un gĂ©nĂ©ral Ă  la retraite positionnĂ© par l’armĂ©e pakistanaise dans un gouvernement civil Ă  titre d’initiĂ©, le cas Ă©chĂ©ant un proche du GĂ©nĂ©ral Kayani) doit ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme la première Ă©tape d’un conflit qui porte en son sein  des ramifications importantes et graves. Le gouvernement pakistanais n’est pas sans options pour sortir de cette impasse conflictuelle, car s’il n’est pas dĂ©sarçonnĂ© par un coup d’Etat militaire, il pourrait selon toute vraisemblance commander des Ă©lections gĂ©nĂ©rales anticipĂ©es juste après les Ă©lections du SĂ©nat. Le jeu dĂ©mocratique serait ainsi gardĂ© Ă  l’heure oĂą tous les partis politiques sont largement opposĂ©s Ă  toute tentative militaire de prise de pouvoir. NĂ©anmoins, l’armĂ©e attendra probablement le verdict de la Cour suprĂŞme qui penchera vraisemblablement vers la destitution du Premier ministre sonnant ainsi le glas de l’ère Zardari.

Le Pakistan est aujourd’hui enfermé dans une confrontation grandissante entre ses organes institutionnels. La fracture entre civils et militaires a malheureusement figé la confrontation dans des positions totalement inconciliables.



Interact with us

  • rss
  • facebook-icon
  • twitter
  • linkedin
  • youtube
  • viadeo
  • dailymotion
  • wikipedia