Billet : Irak : Quid de l'aprés retrait US ?
Le soutien irakien affiché au régime d’Assad n’est qu’une demi-surprise. Le refus déguisé de Bagdad d’appliquer les sanctions internationales à l’encontre de l’Iran, encore moins. L’Iraq avance, mais peut-être pas dans le sens qu’on envisageait il y a 8 ans.
Le 18 décembre dernier soit 13 jours avant la date butoir, le dernier soldat américain quittait le sol irakien. Une page se tourne. Née de la volonté hégémonique de l’aile dure de l’Administration Bush post traumatisme du 11 septembre, l’expédition américaine dans l’ancienne Mésopotamie se termine dans la confusion, avec cette impression inévitable d’un immense gâchis. Les récents discours triomphalistes de Barack Obama n’y feront rien. L’imposture « weapon of mass destruction » est établie, elle fait désormais partie de l’Histoire.
Depuis plusieurs années déjà le dessein du « Grand Moyen Orient » selon lequel la guerre menée par les Etats-Unis en Irak aboutirait à l’émergence d’un Etat moderne dont les vertus de démocratie et de libre échange (surtout) se répandront à terme dans toute la région, est resté dans les tiroirs.
Les américains laissent un pays en proie à de profondes divisions confessionnelles, que d’aucuns qualifient « au bord de l’implosion » du fait d’une situation sécuritaire alarmante doublée de crises politiques récurrentes à plus ou moins forte ampleur. La dernière voyait l’émission d’un mandat d’arrêt contre le vice-président sunnite Tarek al Hachimi, accusé notamment de liens avec la mouvance terroriste Al Qaida.
Paradoxalement, ce retrait des forces armées américaines n’est pas perçu par tous comme une seconde libération. Garants d’une certaine stabilité, certes toute relative, le départ des GIs propulse le pays dans l’inconnu qui souvent dans la région s’apparente à une forme de chaos, propice aux ingérences étrangères, en premier desquelles nous retrouvons bien sûr la République Islamique d’Iran.
Le puissant voisin persan a désormais les coudées franches dans l’Irak de 2012. Alors que le régime alaouite de Bachar Al Assad vacille, et par ricochet le Hezbollah libanais aussi, bientôt coupé de la courroie de transmission avec l’Iran que constituait le régime de Damas ; Téhéran mise avant tout sur le référentiel religieux. Cauchemar des pétromonarchies arabes voisines, le croissant chiite et ses velléités expansionnistes dans toute la péninsule constituent la pierre angulaire de la politique étrangère iranienne. L’Irak, terre des lieux saints de Nadjaf et Kerbela, en est le poumon.
Longtemps persécutés sous Saddam, les chiites irakiens, majoritaires dans le pays sont désormais maîtres du jeu politique à Bagdad. Le gouvernement actuel mené par l’un des leurs, Nouri Al Maliki, se fait peu de cas des revendications des minorités sunnites, à leur tour marginalisées. Principales provinces sunnites, Salahuddine ou Diyala ont ainsi décrété leur autonomie, en théorie prévue dans la Constitution irakienne.
L’unité justement semble être incontestablement l’enjeu majeur de l’Irak post retrait américain. Le spectre de l’éclatement n’est pas nouveau en Irak. Sous Saddam déjà , suite à la deuxième Guerre du Golfe de 1991, la région du Kurdistan au Nord avec pris ses distances par les armes avec le pouvoir central, jetant ainsi les jalons de ce qui pourrait devenir un Etat fédéral. Fédéralisme, le mot est lâché…
Cependant, le tableau n’est pas définitivement noir. Un cadre institutionnel et démocratique, certes balbutiant ; existe. Depuis 2003, deux élections libres se sont tenues. Le temps du Baas, parti unique apparait révolu tant le multipartisme y est visiblement ancré. A l’heure des Printemps arabes, l’Irak semble avoir déjà opéré sa révolution.
Un retour dans le concert des nations qu’illustre bien la tenue à Bagdad du prochain sommet des chefs Etats arabes, prévu fin mars.
Et puis ne l’oublions pas, le pays recouvre les quatrièmes réserves de pétrole du monde (115 milliards de barils), et en produit 2,5 millions de barils/jour, l’essentiel étant destiné à l’exportation. Prix du brut aidant, l’Irak a enregistré en 2011 un taux de croissance de 9.8%. Clairement, un potentiel de développement énorme pour un pays qui cherche à se reconstruire.
Encore faudra-t-il vaincre les démons de la division…
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Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus




