Billet : L'hyperactivisme dangereux de la diplomatie qatarie
Indéniablement, 2011 aura aussi été son année. Lui, c’est le Qatar, ce petit Etat du Golfe de par la taille (11.400 Km2, équivalent à la seule région Tanger-Tétouan) ou la population (1.5 millions d’habitants avec seulement 25% de nationaux) mais dont l’influence grandissante voire envahissante dans la région ne cesse, l’étonnement passé, de déranger.
Certes l’émergence du Qatar sous l’égide de l’émir Cheikh Hamad al Thani sur la scène internationale ne date pas d’aujourd’hui. L’expédition américaine en Irak en 2003 avait déjà été l’occasion pour le petit émirat de se positionner (ou tout simplement d’«exister » diront certains) comme support fiable abritant le Centcom* et acteur ambitieux, désireux de se débarrasser définitivement de Saddam Hussein, voisin aussi menaçant qu’imprévisible.
Profitant de l’absence d’un leadership arabe du fait long déclin de l’Egypte de Moubarak, autrefois unique réelle puissance régionale, le Qatar dans la roue du grand frère saoudien s’imposera comme un acteur majeur sur plusieurs dossiers : crise libanaise, rapprochement France-Syrie ou encore l’affaire des « infirmières bulgares »
Au cœur du dispositif : une manne gazière immense, synonyme de moyens financiers quasi illimités et une chaine TV d’information Al Jazeera, mastodonte médiatique et véritable pierre angulaire de la diplomatie de l’émirat.
Longtemps tribune des opposants à de nombreux régimes, notamment ceux de Ben Ali, Kadhafi ou El Assad, celle-ci se distingue par une liberté de ton très peu appréciée par les autocraties de la région.
Le Printemps arabe et ses nombreux soubresauts viendront confirmer la donne : Le Qatar et sa progéniture Al Jazeera, par une couverture enthousiaste, participative et résolument du côté des insurgés, sont sur tous les fronts.
Particulièrement actifs lors de la crise libyenne, les qataris auront énormément milité en coulisse, sous l’égide de l’influent Cheikh Hamad Bin Jassem, Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères du pays, pour obtenir la caution arabe nécessaire à l’intervention de l’OTAN mais aussi surtout fourni armes et financement.
Symbolique certes, l’implication militaire qatarie n’est demeure pas moins un tournant. Un passage du « soft power » au « hard power » qui agace voisins et partenaires européens et américains, tout autant que le soutien plus que prononcé pour les courants islamistes, qui ont le vent en poupe au lendemain des révolutions dans les pays d’Afrique du Nord.
Les affinités de Doha avec l’islamisme politique sont connues. Qaradawhi , Mechaaal, Madani ou Ghanouchi ont depuis longtemps leurs entrées au palais de l’émir. Dernier protégé en date : Abdelhakim Belhadj, ancien d’Al Qaida et désormais commandant militaire en chef de la région de Tripoli.
Du volontarisme politico-diplomatique à l’ingérence dans les affaires intérieures, il n’y a qu’un pas que de nombreux observateurs accusent le Qatar d’avoir déjà franchi.
Un interventionnisme décrié à Tripoli, Tunis mais aussi à Damas. Dans cet élan d’hyper-activisme avéré, le Qatar préside en effet la commission interministérielle en charge du dossier syrien au sein de la Ligue Arabe. De ce fait, Doha se retrouve derrière bon nombre d’initiatives à même de neutraliser le régime de Bachar El Assad et ainsi priver l’ennemi iranien de son ultime allié arabe.
A l’heure où l’on annonce l’ouverture prochaine d’un bureau de représentation des Taliban dans la capitale qatarie, difficile de trouver une ligne directrice claire suivie par la diplomatie du Qatar si ce n’est un interventionnisme tous azimuts dangereux et source supplémentaire d’instabilité dans une région qui n’en manque pas !
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*Centcom : commandement central américain basé à Doha et d’où les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont été coordonnées
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Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus




